Le Palais El Badii de Marrakech

Les souverains marocains avaient l'habitude de célébrer leurs victoires en construisant des édifices grandioses. Ainsi a fait le calife Yacoub Al Mansour (1192 1198) en construisant les trois grandes mosquées: la Giralda à Séville, la Koutoubia à Marrakech et Hassan à Rabat, à la suite de sa victoire sur les Castillons (Espagne) à la bataille d'Alarcos (1194). Le souverain Ahmed Al Mansour Adahbi a entrepris la construction du Palais El Badii à la suite de sa victoire en 1578 sur l'armée portugaise, dans la bataille qui a transformé la carte géo politique du monde... bataille célèbre dans le monde occidental sous le nom de "Bataille des Trois Rois". Les grands travaux de construction ont duré pendant seize années entières, c'est à dire de 1578 à 1594, certains travaux complémentaires ont continué jusqu'en 1603. Les travaux ne s'arrêtaient ni de jour ni de nuit, malgré une multitude d'artisans venus d'Europe ou se trouvant au Maroc et en dépit de l'abondance des matériaux importés d'Occident et d'Orient: de Tombouctou et d'Europe, d'inde et du Brésil. Les récits concordent pour dire que le Palais Al Badii était un Paradis sur la terre de Marrakech.

L'une des premières et caractéristiques était la multitude de ses koubahs (coupoles), la grandeur des bassins utilisés pour irriguer champs et jardins.

C'était une merveille des merveilles, de part sa structure, ses portes, son marbre, ses arabesques, ses décors, etc...

Il en reste en particulier de hauts murs formant une vaste enceinte sur laquelle nichent des cigognes.
Au centre, se trouvent des bassins d'eau entre des plantations d'orangers; c'est dans ce cadre que se déroule le Festival National des Arts Populaires de Marrakech.

Les Remparts:

Marrakech est entourée de remparts en pisé rose ou rouge selon l'éclairage. Cette muraille mesure cinq mètres de haut et deux mètres d'épaisseur. Cette enceinte se développe sur une longueur d'environ 12 km. Elle fut construite par l'Almoravide Ah Ben Youssef en 1126 1127 après que le sultan eut consulté les juristes réputés et les astrologues qui lui auraient conseillé d'attendre que la lune entre dans un signe zodiacal stable avant de commencer les travaux.
Cette enceinte primitive encore bien conservée, fut cependant élargie au moment des agrandissements successifs de la médina, notamment à l'époque almohade. Cette immense enceinte est percée de dix portes parmi lesquelles il faut signaler:

Bab Doukkala;

Imposant ouvrage composé de deux bastions en saillie de part et d'autre, d'une porte livrant passage à un corridor. Cette porte d'origine almoravide, doit son nom au territoire homonyme, habité par des populations almohades.

Bab Ed Dbagh:

Porte des tanneurs, souvent reconstruite mais d'origine almoravide ainsi que le quartier des tanneurs qui l'avoisine.

Bab Allan:

Porte qui date du temps des almoravides. Elle est célèbre depuis le jour où les Almohades y ont subit en 1128 ou 1130 une cinglante défaite lors de leur première tentative contre la ville. Bab Ghmat: Porte de la ville s'ouvrant dans l'un des bastions qui la défendaient. Ce plan assez curieux, doit résulter d'un remaniement de la porte primitive d'époque almoravide.

Bab Taghzout:

Comme son nom l'indique dans la toponymie berbère une dépression, une vallée, un jardin, des fractions de tribus. Il est question d'un village de Tadia, c'est ce qui a donné ce nom à cette porte.

Bab Mussufa:

Une longue rue qui part du centre de la ville et vient buter contre Bab Doukkala.

Bab Ar Ra; (ou Bab Larais):

Porte des fiancés ou jeunes mariés, porte almoravide.

Bab Agnaou:

Très belle porte de la kasbah almohade, construite par Abd El Moumen en 1150, en pierre du Guéliz, taillée et sculptée. Elle donnait accès au palais impérial. Après avoir franchi cette porte monumentale et pénétrante plus avant par la droite, on trouve la mosquée et le minaret édifiés par Abou Youssef El Mansour et qui portent son nom, El Mansoura. Elle a été plusieurs fois restaurée et encore très récemment.
Par Bab Erob ou Bab Agnaou on pénètre dans la kasbah. Par une ruelle étroite, on entre dans une cour mal nivelée. Vous verrez au passage un figuier qui porte suspendu à ses branches des morceaux d'étoffes que les femmes, pour demander à Dieu d'exaucer leurs vœux, viennent accrocher en guise d'exvoto.
On atteint donc vite la grande mosquée auprès de laquelle se trouve l'entrée d'un jardin clos qui renferme les tombeaux saadiens. D'élégantes colonnes de marbre blanc à chapiteaux sculptés, soutiennent des plafonds richement décorés et des coupoles à stalactites rehaussées d'or. Vous remarquerez le décor luxueux des plafonds au sujet desquels un voisin m'avait donné cette raison: «Les riches, avant, se reposaient allongés sur un divan ; ils aimaient satisfaire leur amour des belles choses en ayant devant les yeux des panneaux leur rappelant les précieuses enluminures des Corans anciens». Sur les murs recouverts de soubassements de mosaïques, des panneaux où s'inscrivent en relief des vers tirés du Coran, ou bien encore, l'éloge des princes défunts.

Les tombeaux saadiens contre le mur sud de la mosquée, constituent un admirable ensemble datant en majeure partie du règne du sultan Moulay Ahmed el Mansour (1578 1603).

Accès:

Immédiatement au Sud de la mosquée, au fond d'une ruelle, par un sombre couloir coudé. On peut visiter tous les jours sauf le vendredi matin.
Les tombeaux saadiens sont entourés d'une haute muraille isolant, du reste de la Kasba, deux mausolées. Le premier, le plus remarquable, situé à gauche du couloir d'accès, est celui érigé par le sultan Moulay el Mansour.
Corniche de prière dont l'arc brisé et outrepassé repose sur quatre demi colonnettes en marbre, encadrées par quatre autres colonnettes du même type. Cet oratoire est divisé en trois nefs par quatre colonnes de marbre blanc, galbées ou non. L'éclairage est assuré par un lanternon percé à l'Ouest de trois hautes fenêtres ; remarquer les inscriptions sculptées dans cet oratoire qui, à l'origine, n'était pas destiné aux inhumations; est mentionnée celle du sultan Moulay el Yazid (1790 1792), de la dynastie alaouite, entourée d'une balustrade de bois sculpté.
Le second mausolée, moins somptueux que le précédent, est formé d'un petit oratoire de plan carré situé au cœur d'un ensemble composé d'une grande salle et de deux loggias en retour, le tout étant protégé par une toiture à tuiles vertes.
Les colonnes de marbre blanc des loggias sont reliées par un linteau en bois de cèdre orné d'inscriptions. L'oratoire est couvert d'une coupole à stalactites peinte tandis que la niche abritant la tombe de Lalla Messaouda est ornée d'alvéoles.
En sortant, on tourne à droite dans la rue de la Kasbah, puis la seconde rue à gauche, c'est Bab Berrima, et voilà le palais du Badi.
Donc à droite on contourne Dar El Makhzen, résidence royale, pour atteindre le Méchouar extérieur et le Méchouar intérieur qu'une muraille sépare des jardins de l'Agdal, plantés de très vieux oliviers et dont le tracé date du règne des almohades au XIIème siècle.
L'Agdal s'étale sur trois kilomètres de long et 1.200 à 1.500 mètres de large. Il est entouré de très hauts murs percés de quelques portes.
Les arbres que l'on y trouve sont d'une variété extraordinaire et leur disposition méthodique fait de cet immense jardin un circuit des plus agréables.
Deux grands bassins carrés de 120 mètres de côté et quelques autres plus petits, permettent une irrigation rationnelle. Près du bassin le plus au sud, un pavillon abrite une barque à vapeur construite à Paris au début de ce siècle.
Le jardin de l'Agdal a été créé par les Almohades.
Revenons donc sur nos pas, reprenons la voiture, un peu en dehors de Marrakech par l'avenue Mohammed V et l'avenue El Yarmouk, puis en prenant à droite au carrefour de Bab El Jdid, l'avenue de la Ménara.
Une promenade d'une heure ou deux, vous conduira à ce beau jardin, immense olivette.