Villes du Maroc
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Le Musée des Antiquités à Rabat
Dans une petite rue tranquille non loin du Palais Royal, s'élève un charmant bâtiment entouré de fleurs et de verdure, construit en 1930 sur le modèle d'une maison romaine. C'est le Musée des Antiquités où se trouve réuni un choix de témoignages de la présence humaine sur la terre marocaine. Il était évident pour les archéologues, qu'un pays situé, comme l'est le Maroc, au carrefour de deux grands courants millénaires de civilisation: le courant est ouest qui par la Méditerranée, le relie au monde oriental, et le courant nord sud qui par le détroit de Gibraltar, fait communiquer l'Europe avec l'Afrique Noire avait été habité depuis des temps immémoriaux. Et les recherches entreprises au XIXe siècle, poursuivies au XXe par des fouilles systématiques, leur ont donné raison en mettant au jour des traces de toutes les civilisations qui se sont succédées sur notre globe. Ce sont des témoignages qu'expose, à ceux qu'intéressent la préhistoire et l'archéologie, le Musée des Antiquités.
En Librairie: Le Musée des Antiquités à Rabat par Marion Senones.
Il se compose principalement d'une immense salle qu'une large galerie entoure à mi hauteur. Les premières vitrines sur la droite nous font connaître, par des exemples, des différentes techniques de taille employées par nos ancêtres de l'âge de pierre pour la confection de leurs armes et de leurs outils depuis les galets à peine dégrossis jusqu'aux délicates pointes de flèches en silex de l'ère néolithique d'une précision impeccable.
A la suite sont exposées les pièces les plus caractéristiques trouvées dans les sites préhistoriques marocains: Sidi Abderrahman, Ain Fritissia, El Khenzira, Dar es Soltan et les stations de l'oued Beht.
Les vitrines suivantes sont consacrées à l'Histoire. Une grande carte du monde méditerranéen, parcourue d'un réseau de fils de diverses couleurs, indique les routes maritimes que suivirent successivement les négociants orientaux: Phéniciens, Phocéens, Cypriotes, Rhodiens, Egéens, Carthaginois, Puniques, Crétois pour venir échanger les produits de leurs pays contre ceux du Maroc. Elle indique aussi l'emplacement des comptoirs commerciaux que Phéniciens et Carthaginois avaient établis sur ses côtes méditerranéenne et atlantique. De nombreux tessons de poterie trouvés dans l'îlot d'Essaouira montrent l'influence indiscutable de la céramique orientale sur celle qui, de nos jours encore, est en usage au Maroc.
Au début de l'ère chrétienne, les Romains occupèrent le nord du pays. Une première vitrine présente des témoignages de la conquête militaire: armes, décorations, diplômes gravés sur métal. D'autres statuettes de bronze des dieux vénérés dans les foyers, documents relatifs aux sépultures et au culte des morts. De rares objets évoquent aussi les croyances des Juifs et Chrétiens.
Dans la galerie qui domine la salle sont groupés des documents relatifs aux cités antiques mises au jour par le Service des Antiquités installé, depuis 1930, dans les dépendances du Musée: Volubilis, Banasa, Lixus, Thamusida, Sala, etc ... Des photographies aériennes, des plans, des documents archéologiques nous révèlent l'étendue et l'intérêt de ces cités. Naturellement, les ruines romaines, moins anciennes, mieux construites et avec des matériaux plus robustes, sont les plus nombreuses. Mais, sous leur sol, on découvre presque toujours les restes de monuments dus à des civilisations plus anciennes prouvant une fois de plus que certaines conditions géographiques attirent immanquablement les agglomérations humaines.
On a réussi, en se guidant sur ces ruines, à modeler une maquette en relief de la Maison de Vénus, à Volubilis, ce qui permet de mieux connaître le cadre de la vie des riches habitants du pays à l'époque romaine, et de faire des comparaisons intéressantes entre la demeure antique et la maison marocaine contemporaine.
Les objets nécessaires à la vie courante au temps des Romains, la reconstitution d'un lit de repos, les ustensiles de cuisine, ceux utilisés dans les hammams, les outils des artisans, des ouvriers, des médecins, sont également présentés au public. Dans une vitrine géminée incrustée dans le mur sont exposés, sur un fond de velours, de précieux bijoux d'or de diverses provenances et époques, ainsi que des camées très finement gravés et des intailles que des agrandissements photographiques permettent d'étudier minutieusement.
Mais le «Trésor» du Musée est, sans doute, cette vaste salle ovale, construite en 1952, où sont rassemblés les plus beaux bronzes romains et hellénistiques découverts à Volubilis: les bustes si vivants de Juba II et de Caton d'Utique, le chien aboyant, l'éphèbe couronné et l'éphèbe verseur, le vieux pêcheur alexandrin, si réaliste, le cavalier et son cheval, et un grand nombre de petites statuettes de bronze, des dieux pour la plupart, d'un très beau style.
La grande salle de l'entrée est encadrée, à droite, par un joli patio entouré d'une élégante colonnade au centre de laquelle jaillit un jet d'eau à gauche, par un jardin fleuri où sont exposées quelques statues de marbre, des stèles funéraires, des socles portant des inscriptions romaines ou puniques et, des chapiteaux de colonnes, des pierres gravées préhistoriques et, dans les pelouses, s'épanouit toute une collection d'amphores de terre cuite dont on peut encore retrouver les formes dans les œuvres des potiers contemporains du Maghreb.
Une importante bibliothèque, spécialisée dans les questions d'histoire et de préhistoire, est mise à la disposition du public.
Ainsi, le musée des antiquités de Rabat constitue une base de documentation de tout premier ordre pour l'étude du monde méditerranéen, car il nous éclaire sur les influences réciproques qu'eurent entres elles, depuis les temps les plus reculés, les diverses civilisations qui ont précédé l'ère chrétienne.