Les merveilles de la ville de Chellah

Sur l'emplacement de la Sala Colonia romaine (fouilles en cours) s'établit un camp fortifié, abandonné peut être au profit de Salé au cours du XIIème siècle.

Le Sultan Abou Said l'entoura d'une enceinte dont la porte monumentale, flanquée de deux tourelles, est caractéristique du style de l'époque qui a perdu la pureté de l'art almohade. Mais ce terrain fut aussi l'emplacement sur lequel les Romains édifièrent la ville de Sala, qui commandait l'estuaire du Bou Regreg; l'escale que les Phéniciens avaient déjà explorée.

Les fouilles commencées en 1958 sont intensifiées depuis 1966. Elles ont permis de mettre au jour, à l'intérieur de l'enceinte, de très importantes substructures de la ville antique et, à l'extérieur, plus de trois cent cinquante tombes néo puniques et romaines.

Indépendamment de ces considérations savantes, l'enclos du Chellah s'offre au promeneur comme un jardin enchanté. Les arbres fruitiers et les fleurs y croissent librement. Des oliviers séculaires étendent leur ombre précaire sur des koubbas au crépi rongé d'humidité.

Une source sacrée précède l'humble entrée d'une mosquée oubliée que signale le drapeau vert du Prophète, des enfants nourrissent de débris d'œufs durs les innombrables anguilles qui y sommeillent.

Un haut mur de pierres sculptées disparaît sous la végétation, c'était le tombeau d'Abou El Hassan, mort en 1348. De partout, on aperçoit le vieux minaret aux faïences décolorées et aux briques recuites par six siècles de soleil, vigie silencieuse sur ce jardin des morts.

Chellah passe pour être peuplé de génies qui obéissent au «Sultan Noir», que l'on confond parfois avec Abou el Hassan. Ils gardent les trésors qui reposent sous terre mais que l'on ne découvrira jamais. Les femmes rêvèrent particulièrement ces esprits et honorent la tombe de l'épouse d'Abou Youssef qui passe pour être «Lalla Chellah», protectrice du sanctuaire.
La porte du Chellah est richement ornementée, agrémentée d'une inscription coufique; commencée par Abou Said (1320-1331) elle fut achevée par son fils Abou el Hassan en 1339.
Voici la traduction de l'inscription de cette porte:

Je cherche un refuge auprès d'Allah contre Satan le lapidé ! Au nom d'Allah, le clément, le miséricordieux, qu'Allah inspire des prières pour notre seigneur Mohammed et sa famille, et qu'il leur accorde le salut. La construction des remparts de ce ribat béni a été ordonnée par notre maître le sultan, l'émir des Musulmans, le sanctifié, l'objet de la miséricorde divine, Abou Youssef fils de Abd el Haqq qu'Allah éternise leur empire. Cette construction fut terminée à la fin de Doul Hidja de l'an 730 (1339).

Pour accéder au Chellah, de Bab Zaèr, un petit chemin conduit à l'enceinte rougeâtre du Chellah qu'on aperçoit à 300 mètres environ. En contrebas, à droite, est situé le cimetière de Sidi Bou Mnia où s'élèvent les mausolées de Sidi Bou Mnia et Sidi Ben Chkaoui.